Loi REEN - Mesurer, analyser, agir... Forum Les Interconnectés 2025

Retour sur notre atelier « Loi REEN | Mesurer, analyser, agir », qui s'est tenu le 10 mars lors du forum Les Interconnectes 2025 à Rennes. Une édition en collaboration avec Rennes Métropole.

Une prise de parole au cours de laquelle nos experts ont plaidé en faveur du numérique responsable :  il ne doit pas être vu comme une simple obligation légale, mais comme un véritable moteur de transformation et de performance.

Retrouvez la vision de nos experts dans le replay de leur intervention.

Lire la transcription

Bonjour à tous, nous sommes ici pour l'atelier partenaires. Nous allons vous faire pendant une petite demi-heure une approche de comment on aborde la loi REEN au niveau des services numériques et IT.
Alors pour commencer, on va vous montrer un centre-ville — un centre-ville qui va représenter la vie quotidienne. On voit des gens qui passent, qui vaquent à leurs occupations, qui sont reliés au monde numérique via leur téléphone portable. Et en haut à droite, on va voir un nuage qui commence à arriver, symbolisant le réchauffement climatique qui s'invite dans notre vie quotidienne et qui nous pousse à nous questionner sur notre avenir.
Les évolutions au niveau du numérique dans les villes, vous les connaissez bien : ce sont des villes désormais articulées autour des approches smart cities, avec l'ensemble des différents services numériques accessibles au niveau des utilisateurs et des concitoyens. On pense que cela va s'accélérer — on aura de plus en plus de services et de possibilités de partage d'informations autour des lieux de vie, et de plus en plus de contextualisation au niveau des services. Les activités avec l'IA le montrent bien : on a de plus en plus de services dédiés à l'utilisateur. Les services numériques du futur seront vraiment tournés autour de l'accessibilité, de la cohésion, de la sécurité. Les utilisateurs pourront créer des bulles d'échange d'informations sécurisées avec d'autres collaborateurs, utilisateurs ou concitoyens — c'est vraiment cette vision qui commence à émerger.
Mais avant d'arriver à cette vision un peu utopiste de l'hyperconnexion, demain sera sûrement un paysage numérique beaucoup plus résilient, où le numérique sera plus discret. On sera vraiment dans une réflexion sur l'usage. Ce sera un monde où la low-tech et la high-tech cohabiteront pour offrir des usages qui vont améliorer le cadre de vie des citoyens, améliorer la vie de tous les habitants. Une vie tournée vers le bien-être, vers une forme de déconnexion du numérique et de cette addiction qu'on peut avoir aux écrans. Ce sera un monde où on conservera nos smartphones et nos appareils le plus longtemps possible, où on réutilisera les ressources — et tout ça dans un but d'accessibilité, de mieux vivre ensemble, de mieux participer à la vie commune et de collaborer pour travailler ensemble à un monde plus durable et plus respectueux.

Bonjour à tous, je suis Élise Bidot, je suis designer UI/UX et également experte en accessibilité numérique chez Open.
Bonjour, je suis Benoît Péan, je suis architecte solution et également expert en numérique responsable chez Open.
Bonjour, je suis Noémie Cochier, je suis designer UX et experte en numérique responsable chez Open.

On va faire un petit rappel sur la loi REEN, parce que vous la connaissez certainement. C'est une loi qui encadre d'un point de vue législatif toutes les approches et les stratégies au niveau du numérique responsable. Elle a été posée pour donner un cadre législatif et des obligations qui s'appliquent aux services publics et autres organismes d'intérêt général, mais aussi pour cadrer les partenaires privés ayant des démarches à vocation de bien public. Elle encadre essentiellement tout ce qui est stratégie autour du numérique responsable, avec les notions suivantes : former et sensibiliser les utilisateurs, limiter le renouvellement des terminaux, favoriser l'éco-conception, inscrire la stratégie du numérique responsable dans le territoire, et promouvoir les data centers à faible empreinte énergétique.
À partir de cette loi REEN, on a identifié des opportunités. On peut vivre ça comme des contraintes — nous, on s'est dit non, ce sont des opportunités. Des opportunités que la conception responsable va pouvoir transformer en levier d'innovation et de performance.
On a donc dégagé trois enjeux majeurs liés au numérique responsable : la notoriété territoriale, la réglementation et l'optimisation des ressources.

Notoriété territoriale
D'abord, tout ce qui est attractivité : intégrer l'enjeu climatique renforce la confiance de votre public et peut stimuler la capacité des territoires à retenir leurs talents. On peut parler aussi de l'engagement : avoir cette transparence dans la communication et cette éthique qui peut permettre aux habitants de devenir les ambassadeurs de vos territoires. Et enfin, tout ce qui est inclusion numérique : l'engagement à réduire la fracture numérique pour communiquer pour tous, inclure tout le monde dans les audiences de vos services et promouvoir l'inclusion digitale — transformer ce défi en opportunité de croissance.

Réglementation
La loi REEN amène aussi tout un lot de réglementations et de référentiels. Ces référentiels vont apporter un aspect sécurité pour vos utilisateurs — notamment la protection des données personnelles — mais aussi un ensemble de règles pour interagir entre les différents systèmes, manipuler les traitements de données et les stockages. Ce sont des axes qui vont permettre de donner confiance aux utilisateurs dans les services qu'on propose.
La notion de pérennité est également importante : les services numériques qu'on propose doivent pouvoir évoluer dans le temps d'un point de vue réglementaire, c'est-à-dire s'assurer que les services qu'on propose aujourd'hui pourront suivre les différentes réglementations à venir.
Et le dernier point : l'ensemble de ces actions qui garantissent l'inclusivité, l'accessibilité et la sécurité des services numériques va créer une confiance numérique chez les utilisateurs et les concitoyens — un aspect assez intéressant en termes de communication et d'échange avec les concitoyens.
Un point de vigilance : on parle de numérique responsable, mais en ce moment on a beaucoup d'IA et beaucoup de sujets autour de ces nouvelles technologies qui sont assez consommatrices. Il y a une vraie vigilance à avoir sur leur usage — notamment sur la confiance numérique — pour s'assurer qu'on utilise l'IA aux bons endroits et pour des usages clairement identifiés pour les concitoyens.

Optimisation des ressources
Le troisième enjeu concerne l'optimisation des ressources. Elle a d'abord un impact économique : on va optimiser le coût de développement de nos services, les rendre moins énergivores, moins dépendants des datacenters, ce qui permet d'économiser financièrement sur leur production.
Il y a aussi tout l'aspect durabilité : comment définir le cycle de vie d'un service, comment le rendre plus sobre, comment optimiser sa qualité et ses fonctionnalités — et tout ça dans une démarche vraiment stratégique en se posant la question : de quoi a-t-on réellement besoin ? Quelle est la valeur qu'on va apporter à nos usagers ? On va optimiser ce qu'on fait, réutiliser au maximum ce qui existe déjà pour éviter de réinventer la roue, et toujours avec cette volonté de créer des choses qui pourront évoluer et s'adapter aux changements technologiques, sociaux, sociétaux et humains.

Quatre bonnes pratiques pour concrétiser la démarche
On a imaginé quatre bonnes pratiques pour vous accompagner dans la mise en place de cette démarche de conception responsable des services. Notre leitmotiv : faire mieux avec moins — on pourrait aussi dire « faire différemment », mais tout aussi bien.

1. Audit, analyse et état des lieux
Ce qu'on trouve très utile de faire en premier lieu, c'est tout ce qui est audit, analyse, état des lieux, mesure : analyse du cycle de vie du service numérique, évaluation de la maturité des acteurs internes sur le numérique responsable, pour savoir comment communiquer, quel niveau de sensibilisation et de formation il faut apporter.
Au-delà des chiffres, ces analyses vont permettre d'identifier quelles actions sont rapides et faciles à mettre en place, et quels sont les chantiers plus longs qui nécessitent un effort dédié — pour vraiment identifier les leviers les plus impactants qui permettront d'avancer sur cette stratégie de numérique responsable.

2. Stratégie de sobriété
Il y a toute la notion de stratégie de sobriété à mettre en place. Ce n'est pas forcément évident — ça demande une vraie gouvernance, des axes d'amélioration réfléchis sur l'ensemble des projets, et surtout des objectifs clairs sur toutes les équipes qui gèrent des projets IT et des services numériques. Ça veut dire que, sur la plupart des fonctionnalités ou des services qu'on va essayer de construire, il faut challenger les réalisations par rapport aux objectifs qu'on s'est donnés, et avoir les KPI adaptés pour analyser si on atteint les bons niveaux.
Dans le même ordre d'idée : vos solutions ne sont pas faites uniquement par vos services. Il y a souvent un ensemble de partenaires dans votre écosystème. Si vous avez une stratégie de sobriété, il faut absolument qu'elle soit communiquée, voire co-construite avec ces partenaires, pour que les solutions soient homogènes et cohérentes au niveau de la sobriété technologique.
Les approches qu'on pousse sur ces sujets : la conception responsable by design — penser dès le début la démarche numérique responsable dans les conceptions fonctionnelles, avoir toujours cette vision par rapport à l'usage (qu'est-ce qu'on garde, qu'est-ce qu'on ne garde pas, quelle est l'efficience des fonctionnalités proposées) — et la définition du cycle de vie, abordée tant sur la création que sur des projets existants : quelles informations sont créées, comment on les traite, comment on les archive, comment on les supprime, quand est-ce qu'on décommissionne des instances de services et selon quels critères.

3. Fédérer et sensibiliser
Toute stratégie de sobriété, toute stratégie d'éco-conception, aussi géniale soit-elle, ne servira à rien si elle n'est pas partagée et portée collectivement. Pour vraiment fédérer, il y a deux bonnes pratiques : sensibiliser nos équipes, nos collaborateurs, les agents avec qui on travaille — et former des personnes qui vont pouvoir s'engager au quotidien à mettre en place et suivre les métriques de ces bonnes pratiques.
Il faut fédérer en interne et en externe, et considérer que pour faire du numérique responsable, tout le monde a un rôle à jouer — qu'on soit élu, agent, responsable informatique, expert métier ou contributeur. Ces choses ne s'inventent pas : on a besoin d'aide, d'être formé, d'être sensibilisé. Et ces formations doivent s'adapter à chaque individu. Le but, c'est de créer un ensemble cohérent où chacun apporte sa petite pierre.
Il existe plein de solutions : des fresques du climat, de l'accompagnement au changement pour les agents, du suivi de KPI, de l'adaptation. Et pour l'externe aussi, il y a de la sensibilisation à faire auprès des habitants et des usagers des services — pour qu'ils comprennent pourquoi le beau carrousel de la page d'accueil a disparu, pourquoi il y a moins d'images et moins de vidéos. Ces nouveaux services, plus responsables et plus éthiques, doivent être faits pour les usagers, mais aussi avec les usagers — l'inclusion doit être co-construite avec les habitants pour partager des valeurs communes.

4. Créer de la valeur et montrer le ROI
Grâce à tout ça, on arrive à créer de la valeur. J'aime bien dire qu'on tisse un patrimoine digital collectif et durable : avec toutes ces recherches, analyses et chantiers, on mutualise, on construit des ressources communes basées sur le partage. Je pense notamment à la création de design systems — formuler toute notre stratégie dans un modèle commun autour duquel chacun va s'aligner, ce qui va accélérer la production de solutions numériques cohérentes, grâce à des outils collaboratifs capables d'anticiper les évolutions et de les intégrer au fur et à mesure.
Et puis, sur le partage des biens communs : il y a plein de collectivités et de métropoles qui ont déjà créé des services qui fonctionnent bien. Pourquoi ne pas les partager ? Pourquoi ne pas mutualiser les ressources ? Pourquoi ne pas favoriser l'open source ? Dans une démarche de réutilisation, on gagne du temps et de l'argent — et ce qu'on reprend, on peut l'améliorer et le retransmettre à son tour. C'est une autre forme de partage et de communauté autour des outils informatiques existants.
Cette création de valeur est assez importante. Pour ceux qui connaissent l'INR, elle fait partie du cinquième levier autour des services numériques. Mais il y a aussi la notion de ROI : l'ensemble de ces chantiers demande une organisation, un portage au sein des collectivités par des sponsors. Et pour que ça fonctionne, il faut absolument pouvoir montrer le retour sur investissement — en termes de communication, de ressources mobilisées, de design systems, de parcours d'accessibilité. Cet élément est crucial : c'est ce qui crée un cercle vertueux et permet de continuer dans les chantiers d'amélioration autour du numérique responsable. Ce n'est pas toujours simple, mais pour une collectivité, ça permet aussi d'engager les utilisateurs dans la démarche et d'afficher une vision éthique des services numériques — non pas comme un chantier ponctuel, mais comme une démarche continue.

Quelques outils
On vous présente quelques outils d'état des lieux — sans faire un slide d'architecte avec des tonnes d'outils.

Lighthouse et EcoIndex : un premier niveau d'analyse, qui donne une vue de surface mais permet déjà de savoir où on en est.
Kepler et PowerAPI : pour le suivi de consommation au niveau des services numériques (pas forcément des infrastructures). Ces outils permettent, sur des conteneurs, de connaître les consommations liées à des traitements donnés — intégrés dans les processus de développement, ils offrent une vue claire des consommations des services qu'on construit.
EcoCode, Frogger et ECODESIGN : pour le suivi des exigences et des KPI d'équipe. Ces outils permettent de balayer l'accessibilité, l'éco-conception ou l'impact environnemental.
Matomo, Piano, Google Analytics, Salesforce Marketing Cloud et autres : pour le suivi des usages et des engagements utilisateurs.
Les données de l'ARCEP : pour une vision globale au niveau national sur l'état du numérique responsable.

Échanges et questions
Voilà, je pense qu'on a fait le tour — on a fait nos 20 minutes de présentation. On est maintenant à votre disposition pour toutes vos questions.
On peut préciser nos interventions avec des cas concrets. Par exemple, on est intervenu sur des sites internet pour voir comment apporter le numérique responsable sur l'ensemble des projets avec les outils évoqués. Il peut aussi y avoir des aspects sur la création de contenu autour de générateurs de formulaires et de landing pages : sur l'un de ces projets, on a questionné les différents services pour mutualiser leurs besoins autour d'un seul outil, pour apporter de la cohérence dans toutes leurs communications. Il y avait un service qui faisait les choses d'une façon, un autre d'une autre, et un vrai problème de multiplicité d'outils. On a mené une série d'interviews pour recueillir les besoins de chacun et créer un design system et un UI Kit pour rationaliser tout ça, avec différentes variantes, et le fournir aux développeurs.
Ça peut être aussi des visions plus systémiques : regarder les écosystèmes existants et identifier où sont les systèmes les plus impactants, si les différents services numériques en place exploitent bien le partage de ressources, pour éviter que chaque prestataire qui intervient rajoute ses propres couches.
Ce qu'il faut retenir, c'est que plus on intègre les réflexions de numérique responsable tôt dans la démarche d'un projet, plus l'impact en aval sera fort. Mais ce n'est pas pour autant restrictif : si vous avez déjà des projets en route et que vous souhaitez passer au numérique responsable, ce n'est pas insurmontable. Pareil pour l'accessibilité numérique — on en parle beaucoup en ce moment, la loi sur l'accessibilité numérique a 20 ans cette année, et beaucoup de services publics ne sont pas encore en conformité à 100 %. Mais ce n'est pas une fatalité : à n'importe quel moment, à n'importe quelle étape du projet, on peut monter dans le train et avancer vers des services plus résilients. Il ne faut pas se laisser impressionner par un cadre législatif qui peut paraître austère et inabordable — la loi REEN est là justement pour montrer quel est l'avenir idéal à atteindre et pour nous engager dans une réflexion stratégique sur des schémas pluriannuels, en identifiant quels leviers on peut activer aujourd'hui, financièrement et en termes de ressources humaines.
Sur la pertinence selon les typologies de projets : quasiment toutes les typologies peuvent correspondre à cette approche. On a cependant une dimension plus forte sur tout ce qui est UX et travail sur les parcours utilisateurs. Quand vous avez un enchevêtrement de services qui s'appellent entre eux via des API, on adoptera plutôt une démarche orientée métriques de consommation et optimisation du routage des appels. La démarche qu'on vous présente aujourd'hui est davantage centrée sur l'utilisateur — sur les aspects IHM et parcours utilisateurs.
Il faut savoir que des études récentes montrent qu'environ 45 % des fonctionnalités développées ne sont jamais utilisées par les utilisateurs. Cette nécessité de réfléchir aux besoins — est-ce qu'on a vraiment besoin de cette fonctionnalité, est-ce qu'on a besoin de mettre de l'IA à cet endroit — résout déjà énormément de problèmes.
Sur les hébergements : on n'est pas les plus pertinents sur ce sujet, car on intervient principalement sur les services numériques et leur délivrance. Mais on a des critères vis-à-vis des hébergeurs, notamment sur la finesse des métriques nécessaires pour poser une stratégie de décommissionnement. La difficulté sur les hébergements, c'est souvent de réussir à avoir des métriques de consommation ou d'usage assez fines, correspondant à un usage ou une fonctionnalité donnée — ce qui n'est pas toujours évident et demande un peu de travail à mettre en place. Ce sont ces éléments qu'on va plutôt travailler avec les hébergeurs, en dehors des réflexions sur le matériel utilisé et les différents labels qui peuvent exister autour des datacenters.

La Loi Reen, des obligations aux opportunités.

Loi REEN | Mesurer, analyser, agir : les bonnes pratiques pour concrétiser votre ambition Numérique Responsable 

La loi REEN (Réduction de l'Empreinte Environnementale du Numérique) marque un tournant décisif pour les organisations publiques. Au-delà de la simple conformité réglementaire, cette loi ouvre la voie à une transformation profonde de vos services numériques. En adoptant dès maintenant une démarche de numérique responsable, vous transformez une obligation réglementaire en avantage durable. 

Au cours de cet atelier, nos experts Elise Bideau, Benoît Péan et Noémie Coché partagent leurs bonnes pratiques :

  • Mesurer avec précision vos usages numériques pour identifier les axes prioritaires d’amélioration
  • Intégrer le numérique responsable comme composante stratégique, alignée avec vos valeurs et des objectifs cohérents et durables
  • Engager vos équipes et impliquer les usagers dans cette démarche collective
  • Tisser un patrimoine digital collectif et durable, grâce à l'optimisation et le partage des ressources. 

Nos intervenants

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